jeudi 20 octobre 2022

Une variété à glaner… ou pas

Un glanage organisé par le GALCulturalité. Les pommes de terre n’ont reçu aucun traitement fongicide


 

Près de 120 glaneurs se sont succédés dans le champ de cinq hectares de Benoît Lempereur. « Ca fait longtemps que je voulais organiser un glanage. Quand j’étais petit c’était très fréquent. Aujourd’hui ça se perd » regrette le jeune agriculteur. « Je suis content que le GAL prenne l’organisation en charge car je n’ai pas les bases de données d’adresses pour réunir autant de gens. Il faut aller vite, les terres de pommes de terre ne restent disponibles que quelques jours avant le semis de la culture suivante, le froment. Et des pommes de terre il en reste toujours après la récolte. C’est dommage de gaspiller. En plus les pommes de terre qui restent au champ c’est ennuyant car elles repoussent, se multiplient d’années en années et deviennent une mauvaise herbe dans les cultures suivantes ».

Les pommes de terre de ce champ se retrouveront dans les étals des supermarchés. La variété Otolia est une  pomme de terre de consommation destinée au marché dit du « frais ». Elle peut convenir également pour confectionner des frites (elle ne va pas s’émietter dans la friteuse ou changer de couleur). La variété Otolia fait partie, avec une trentaine d’autres, de la liste belge des variétés robustes bio pour 2022. Le champ de Benoît Lempereur n’est pas cultivé selon le cahier des charges de l’agriculture biologique mais il trouvait intéressant de planter cette variété dans un champ situé en plein milieu du village. Pari gagné, grâce à un été sec et à la robustesse de la variété choisie, ce champ de pommes de terre n’a reçu aucun traitement fongicide.

Attention ! Une pomme de terre n’est pas une autre. De nombreuses variétés de pommes de terre sont cultivées pour l’industrie et destinées à être transformées (en chips, purée, fécule, …).  Les variétés sensibles au mildiou, une année pluvieuse, peuvent recevoir jusqu’à vingt traitements fongicides sur la saison. En outre, le champ sur lequel on aurait voulu glaner peut avoir été traité en prévision de la culture suivante. Donc même si la glanage est autorisé depuis le moyen-âge, il vaut mieux en parler à l’agriculteur concerné et l’interroger sur la destination de la culture. Les champs ne sont pas des potagers à ciel ouvert.

Pour être prévenu des prochains glanage organisés dans l’Est du Brabant-wallon ou pour proposer un champ à glaner : glanage@culturalite.be

Que dit la loi ?

En Wallonie, le glanage est encadré par une loi de 1886 inscrite dans le code rural. Il y est dit que « Le glanage et le râtelage, dans les lieux où l’usage en est reçu, ne peuvent être pratiqués que par les vieillards, les infirmes, les femmes et les enfants âgés de moins de douze ans et seulement sur le territoire de leur commune, dans les champs non clos, entièrement dépouillés et vidés de leurs récoltes, et à partir du lever jusqu’au coucher du soleil. Le glanage ne peut se faire qu’à la main ; le râtelage avec l’emploi du râteau à dents de fer est interdit. »

Dans la pratique, tout le monde est autorisé à glaner sur le territoire belge, sauf si un arrêté municipal l’interdit. La condition à respecter est que le ramassage doit se faire à la main.

Certains producteurs organisent eux-mêmes ce type d’opération. Plusieurs GAL ont organisé des glanages avec succès :  Burdinale-Mehaigne, Plaines de l’Escaut, Jesuishesbignon, entre Sambre et Meuse, Culturalité enHesbaye brabançonne.

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Cet article a été publié dans L'Avenir Brabant-wallon du 14 octobre 2022.


 

mercredi 18 mai 2022

La forêt mosaïque : un puzzle de petites forêts

Une formation au nouveau concept de «forêt mosaïque» était organisée dans la forêt du Chenoy entre Villers-la-Ville et Court-Saint-Etienne pour les propriétaires de forêts.

Voici mon article publié le 16 mai 2022 dans L'Avenir BW à ce sujet et annoncé en première page du journal.

 

La forêt du Chenoy à Villers-la-Ville a fait office de forêt « exemple » pour illustrer une formation d’une journée organisée par la Société Royale Forestière Belge (SRFB) sur le nouveau concept de forêt mosaïque.

La forêt mosaïque est une forêt diversifiée dans toutes ses composantes, au niveau des essences, des pratiques sylvicoles, de la génétique et des microhabitats.

 Ils étaient une quarantaine, venus des quatre coins de la Wallonie. Equipés pour la plupart de tenues de randonnée et de chaussures de marche, le tout dans des tons à prédominance verte. On aurait pu croire à un groupe de naturalistes à la recherche de l’oiseau rare. Mais les regards rivés vers le ciel regardaient davantage la cime des arbres, quand ceux rivés vers le bas dégageaient des petites pousses de douglas ou de chêne envahies par d’autres espèces plus opportunistes comme le cerisier tardif, les ronces ou les fougères. Et oui, une forêt, ça se gère, pour prendre en compte ses multiples aspects : production de bois de construction, biodiversité, maladies, loisirs, chasse, ….

Dominique Duchêne, au nom prédestiné, est expert forestier, membre de la Fédération Nationale des Experts Forestiers de Belgique qui veille à la compétence et à la déontologie de ses membres. Avec l’aide de gardes forestiers, d’entrepreneurs de travaux forestiers et d’administratifs, il est mandaté par les propriétaires de la forêt du Chenoy pour en assurer la gestion forestière. On entend par-là de décider ce que l’on coupe, ce que l’on plante, comment on agence les plantations, les opérations que l’on mène pour l’entretien, à qui l’on vend le bois et à quelles conditions, ce que l’on met en place pour améliorer la biodiversité, etc… Dominique Duchêne rappelle d’entrée de jeu l’objectif en vidant ce qu’il a sur le coeur :  « la gestion d’un écosystème forestier est complexe, en raison de l’aspect long terme à intégrer dans les réflexions. Il faut parfois deux à trois générations pour mettre en place des choses. Le confinement a fait redécouvrir la forêt au grand public : c’est surprenant et parfois désolant de voir le nombre de personnes qui s‘érigent en donneur de leçons en matière de gestion forestière. Les gens veulent des maisons en ossature bois, des tiny house, le tout local, mais ils ne veulent pas qu’on plante des résineux. Ils ne veulent pas que l’on coupe des arbres mais sont les premiers à demander d’en couper lorsqu’ils installent des panneaux solaires ou à rouspéter lorsqu’une branche ou des feuilles tombent sur la route. C’est contradictoire. Ici nous avons la chance d’avoir des propriétaires de la forêt qui savent ce qu’est le changement et ont l’habitude de devoir s’adapter, ce sont d’anciens industriels. Cela fait 37 ans que je gère cette forêt, et on n’arrête pas de se remettre en question ».

Ces dernières années, tout s’est emballé avec les conséquences du changement climatique (sécheresses, tempêtes) et de la mondialisation. Les maladies arrivent d’autres continents sur des arbres affaiblis par le manque d’eau. Dans une clairière en plein milieu du bois, Dominique Duchêne explique : « ici on a perdu tous les arbres en deux semaines, rongés par un petit coléoptère inconnu. ».

Alors le mot d’ordre est : « diversifiez ! ». Les essences, mais aussi les écosystèmes, les techniques de travail et les provenances des plants. En fait, Dominique Duchêne est déjà dans la philosophie de la forêt mosaïque depuis de nombreuses années sans l’avoir nommée. « C’est du bon sens, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier » conclut le forestier.

La forêt mosaïque : un puzzle de petites forêts

La « forêt mosaïque » est un outil pour mettre en place une forêt capable de maintenir sa structure et son fonctionnement suite à une perturbation.

La Société Royale Forestière Belge (SRFB) existe depuis plus de 100 ans. Elle s’est donné pour mission d’être au service de la forêt et des propriétaires forestiers. Soucieuse de les aider à amener davantage de résilience à la forêt (c’est-à-dire une forêt qui résiste mieux aux aléas climatiques et aux maladies), elle développe le concept de « forêt mosaïque ». Voir également l'édition nationale du journal L'Avenir du 21 mars 2022.

« A nos yeux, ce concept résume toutes les bonnes idées en un schéma », explique Isabelle Lamfalussy, qui gère le volontariat et le projet « forest friends » au sein de l’ASBL.

On peut comprendre la forêt mosaïque comme une philosophie, un concept global qui vise à montrer comment on peut diversifier les essences au sein d’une même forêt. Mais pas que les essences, les modes de gestion également. Au final c’est cela qui va maximiser tous les services rendus par la nature. Ce que l’on appelle les « services écosystémiques ».

Un couple de retraité, propriétaire d’un bois à la Baraque Fraiture nuance la solution : « Chez nous ce n’est pas faisable. La forêt est trop petite, il y a l’altitude et les sols sont pauvres. On ne sait planter que du douglas ou de l’épicéa. On a bien planté quelques hêtres pour protéger les résineux, mais ils ne sont pas si beaux qu’ici. On a eu le scolyte. Avec la sécheresse, les arbres poussent moins vite. En fait on ne sait plus très bien ce qu’il faut faire… ».

Le concept de forêt mosaïque vise à éveiller les consciences des forestiers, des citoyens et des politiques et à les inspirer. Car finalement toute histoire commence toujours par une vision.

www.foretmosaique.be