mercredi 25 octobre 2017

Former les cerveaux de demain

Il y a 40 ans naissait l’école de demain à Louvain-la-Neuve. Inspirée par le pédagogue du siècle dernier, Célestin Freinet, elle n’a pas une ride.

40 ans de pédagogie Freinet à Louvain-la-Neuve
 

Située aux abords d’un petit bois, à la croisée des chemins entre le quartier résidentiel des Bruyères, le lac et le campus universitaire de Louvain-la-Neuve, l’école des Bruyères se dessine depuis 40 ans. Des cabanes, un terrain vague, un amphithéâtre en plein air. Ici pas de clôtures pour délimiter l’espace de l’école : des lignes rouges tracées à même le sol, sur les arbres et sur les quelques barrières basses en bois.

Il y a 40 ans, l’école des Bruyères voyait le jour sous l’impulsion d’une douzaine de néo-résidents qui ne voulaient pas d’un enseignement organisé sous l’égide de l’université. Comme l’explique l’un d’eux, professeur à la Faculté des Sciences appliquées à l’époque, Francis Delannay : « l’UCL comprendra vite qu’elle a en face d’elle un groupe cohérent et volontaire. Moyennant quelques garanties, elle s’inclinera ». « Ce qui nous unissait, ajoute Francis Delannay, c’est notre conception commune de l’homme et de la société. L’école devait être un moteur de changement vers une société plus juste et plus égalitaire ». Ce groupe de parents trouve également un futur directeur, Jean Van Cottom, avec qui ils fondent l’ASBL Bruyères, constituant ainsi le pouvoir organisateur de l’école des Bruyères. Ses statuts précisent qu’elle a pour but de promouvoir l’épanouissement global de la personne et qu’elle pratique une  pédagogie vivante et active.

Leitmotiv de l’école : autonomie et liberté.

Liberté, oui, mais à l’intérieur du cadre bien défini de l’enseignement de la Communauté française, comme aime à le rappeler Marc Guiot, directeur de l’établissement depuis 15 ans. Cet Ardennais passionné par la forêt, a bien compris qu’un directeur se devait de déléguer les tâches administratives de la gestion d’une école afin de pouvoir s’investir pleinement dans la pédagogie prônée par l’école : la pédagogie Freinet. Un exemple parmi tant d’autres de cette pédagogie : « Nous n’avons pas de cours d’éveil. Les recherches des enfants sont mutualisées pour le groupe lors des rencontres » explique Marc Guiot. Plusieurs fois par jour, les enfants s’asseyent en cercle dans le coin « rencontre ». A l’aide du bâton de parole, chacun s’exprime à tour de rôle (ou pas s’ils n’en ressentent pas l’envie). C’est le moment pour eux de partager aux autres ce qu’ils ont découvert, de gérer les éventuels conflits, de lancer les projets de classe. « Donner du sens aux apprentissages pour que les enfants aient envie d’apprendre, est la base de notre enseignement » insiste le directeur. Aux parents qui doutent de l’efficacité de tant de liberté et d’autonomie laissées à l’enfant, l’école des Bruyères est soumise aux mêmes contraintes que les autres écoles, épreuves externes et CEB compris. Les Bruyères n’ont pas à rougir de leurs résultats… et pourtant il n’est pas question de bachotage à l’approche de ces épreuves, juste d’utiliser les compétences construites et acquises tout au long des neuf années d’école fondamentale.


Les principes de la pédagogie Freinet

Célestin Freinet (1896-1966) a lancé les prémices de sa pédagogie après la 1ère guerre mondiale selon sept piliers.

1.      Le tâtonnement expérimental permet à l’enfant d’apprendre naturellement.

2.      L’expression, la communication et la création sont au programme de chaque journée.

3.      L’autonomie au travers de moments journaliers de travail individuel. L’enfant se fixe des objectifs avec l’animateur puis s’auto-évalue par des feux tricolores.

4.      Responsabilisation et socialisation via la prise en charge par les enfants du fonctionnement de la classe et l’élaboration des règles de vie.

5.      Vivre la coopération et pas la compétition. Pas de point, pas de bulletin mais un carnet de bord suivant l’évolution de l’enfant.

6.      Apprentissage personnalisé selon le rythme de l’enfant.

7.      L’ouverture sur la vie : dès la maternelle, les enfants réalisent des recherches à partir des questions qu’ils se posent ; « C’est quoi une alouette ? ».